A propos

Eglantiers

Je suis entrée dans le monde des blogs en novembre 2005. Il y avait peu de monde mais déjà Mercotte. Ce défi était plutôt amusant pour l’informaticienne que j’étais et puis je me suis laissée prendre au jeu, c’est devenu envoûtant ! En presque 12 ans de blog,  j’ai cotoyé successivement des clowns, de grands chefs,  des musiciens, des poètes, des cracks, des passionnés…. une multitude de vie. Je suis restée. J’ai continué à voyager dans des contrées inconnues et j’ai ouvert des tas de fenêtre pour y prendre ici et là les ingrédients qui me permettent d’être, aujourd’hui, la cuisinière que je suis.

Je considère ce blog  comme mon cahier de cuisine : il n’y a que les recettes que j’aie faite et qui fonctionnent. Je le destine plus paticulièrement à mes enfants qui ont largement participé à la qualification des recettes qui y apparaissent. Je raconte aussi pour eux un peu de ma mémoire : l’enfance marque à jamais notre cuisine et nos habitudes d’aujourd’hui.

Le pseudo Eglantine est un hommage à la flore d’Argonne et plus précisément aux Eglantiers que j’aime énormément. Le nom de mon blog est directement inspiré du village « La Placardelle » ou j’ai passé ma jeunesse et même plus puisque ma famille est originaire de cette région.

 

La Plarcardelle

La Placardelle

« C’est un petit village qui n’existe quasiment pas sur les cartes.  La plupart du temps il n’est pas mentionné. Il est installé à l’entrée d’une immense forêt, la forêt d’Argonne

Crucifix réalisé par les soldats dans les tranchées
Crucifix réalisé par les soldats dans les tranchées

Il s’en est passé des choses dans cette forêt surtout pendant la guerre 14-18. Quelques sites  le racontent : Photos d’argonne et plus précisément cette page.  Puis,  pendant la seconde guerre, celle de 40-45, le village a été rasé à l’exception d’une seule maison : elle appartenait à mon grand-père.  Après la catastrophe une partie des villageois est revenue et a reconstruit le village.

Enfant, lorsqu’on se promenait dans la grande forêt, au hasard des chemins on croisait souvent quelques obus posés comme ça au milieu de notre route afin qu’on évite de les heurter. Ils étaient ensuite enlevés par des professionnels. Personne n’y faisait attention, ils n’explosaient jamais, enfin presque jamais. Lors du grand incendie qui ravagea une partie de la forêt appelée « zone rouge », ce fut un véritable feu d’artifice… .  Les dernièrs obus que j’ai croisés ce sont ceux qui ont été alignés pendant plusieurs semaines le long du jardin de la maison familiale lorsque la route principale a été refaite.

La forêt semble dangereuse : il y a d’abord l’amanite phalloide mais je ne connais personne qui en est mort,  il y a les sangliers mais ils sont beaucoup moins visibles que les obus, il y a les trous laissées par les bombes mais il n’y a presque plus de bombes. Le dernier incident connu, c’est celle de ce promeneur qui s’est pris une étoile dans le pied : une étoile, ce truc en fer que les allemands plantaient dans la forêt pour qu’en marchant on s’empale dessus. Je ne le sais pas depuis longtemps : le promeneur, c’était mon cousin…. Le seul réel danger, ce sont les tiques et eux ils sont vraiment dangereux, je vous raconterai….

Il y a eu vraiment beaucoup de morts dans cette forêt mais personne n’en parle, c’est comme si cette histoire n’existait pas. Mon grand-père était pourtant un poilu : y‘a plein de photos de lui dans nos albums. pommes varietés anciennes

Mon enfance fut malgré tout très heureuse : Dans les tranchées, je voyais pas des morts, je voyais des champignons : des cêpes, des girolles, des pieds de mouton, des trompettes de la mort (ça va bien ça avec les guerres), on y bâtissait nos cabanes en bois. Dans les champs, y’avait des pommiers, des champignons de rosée, des pommes de terre et puis des vaches, plein de vaches. Il y avait aussi les blockhaus qui nous servaient d’abri ou de salle de jeu. Le long des routes, c’était pas l’infanterie qui passait, c’était les échelles qu’on portait pour aller cueillir les cerises et les noix. Le long des champs, y’avait pas de soldats embusqués, non, y’ avait plein de ronces avec des mûres dessus, et puis des églantiers.  Le long des bois, y’avait des noisetiers et de merveilleuses petites fraises. Enfin pour les explorateurs, y’avait aussi les sources d’eau auxquelles on peuvait se désaltérer… Dans les fossés c’était des escargots et au fond des rivières, c’était des vairons (petit poisson excellent en friture). Sous les ponts, personne ne nous épiait, y’avait juste quelques chauve-souris qui de temps en temps nous effrayaient.

 J’ai souvent ironisé en parlant des gens de mon pays en disant qu’ils ressemblaient aux sangliers qui hantent leur forêt, aussi taciturnes qu’eux. Aujourd’hui, j’ai compris que l’histoire ne s’efface pas aussi facilement. Parmi les habitants des villages d’Argonne, beaucoup sont des descendants de ceux qui étaient présents pendant les grandes guerres.

Print Friendly, PDF & Email