Histoire d’avions et d’aviateurs

Nul par chez moi ne vous dira que Roland-Garros était un tennisman puisque l’avion de ce brillant pilote, sportif, inventeur, mais aussi soldat eut le malheur de s’écraser le 5 octobre 1918 dans la petite commune de Saint-Morel, petit village ardennais à quelques kilomètres seulement de ma région natale, abattu par un avion allemand.

Est-ce parce qu’il avait entendu cette histoire, ou est-ce plutôt par ce que mon grand père lui avait raconté l’histoire de Henri Farman et de son aéroplane Voisin, parcourant les 27 kilomètres séparant le petit village marnais de BOUY de la ville de REIMS et réalisant ainsi le « premier vol de ville à ville  » de l’histoire mondiale de l’aviation  ou bien encore parce qu’on lui avait raconté le grand meeting aérien qui avait eu lieu en 1909 sur la commune de BETHENY près de REIMS où les pilotes les plus prestigieux de l’époque s’étaient donné rendez-vous pendant 8 jours (BLERIOT, FARMAN, SANTOS DUMONT.. ) attirant ainsi une foule d’environ 500 000 spectateurs ce qui n’était pas rien pour l’époque… toujours est-il que mon père était fasciné par l’aviation et par tout ce qui vole. Il faut dire que les histoires d’objets volants étaient légion dans la région : après le fameux meeting de 1909, ce fut  en 1911 le concours d’aéroplanes militaires de Reims, premier concours de ce type  et puis en 1914, au dessus de Jonchery, le premier combat aérien.

Certains soutiendraient même que l’Aviation du monde est née en Champagne ?

Nous, nous étions pacifiques avec une sainte horreur des armes.  L’aviation militaire ne nous attirait pas particulièrement.  Ce qui nous fascinait, c’était plutôt les pionniers (Saint-Exupery, Mermoz…) et l’aéropostale, née pratiquement en même temps que mon père et  précurseur des compagnies aériennes commerciales d’aujourd’hui.

Aussi, lorsque certains dans leur enfance ont pour préoccupation les bonbons tagadas, récré A2, Mario Bros,  les tortues Ninja, Superman ou Star Academy (je sens que je suis dépassée sur ce coup la…)…. nous, ce qui nous intéressait  c’était Léonard de Vinci et ses étranges inventions. Outre quelques moments réservés à la reproduction de la Joconde, nous nous amusions à  défier les lois de la pesanteur tout en cherchant à comprendre pourquoi un oiseau arrive à voler.

Le chat fit particulièrement les frais de cette curiosité. Ouais, je sais, un chat ça ne vole pas. Mais nous, on nous avait dit que, quelque soit la hauteur, lâché d’en haut, un chat retombait toujours sur ses pattes : aussi  afin de vérifier épisodiquement cette curiosité, de temps en temps, nous le posions au dessus d’un porche assez élevé ou dans un panier suspendu aux crochets du plafond servant à sécher le saucisson et à notre grand plaisir, il s’en tirait toujours de la même façon, vérifiant cette immuable loi.

Nous n’avions pas que des activités malsaines parce que bien évidemment, nous aimions notre chat et jamais nous n’aurions voulu lui faire du mal. Les hauteurs étaient raisonnables…

Très tôt, notre père nous avait raconté des histoires extraordinaires comme celle de ce cerf-volant qu’il avait construit avec des feuilles de papier à cigarettes et probablement des tiges de sureau, pendant son enfance, chez son oncle à Bussy-Lettré qui se trouve à 3 km de l’aéroport international de vatry : – « il volait formidablement bien » nous avait-il dit, « les enfants était heureux, ils me  suivaient tous dans le village….  il avait une longue queue… et puis je l’ai lâché, les enfants couraient derrière et voulaient l’attraper…  ils n’ont pas pu (et ça, ça le faisait rire…), il est parti, il est parti trop haut, très loin… »  Par la suite, c’est tout naturellement que j’ai porté une vénération sans borne au film :  « le cerf-volant du bout du monde » le considérant tout simplement comme « le » meilleur film de l’histoire du cinéma pour enfants.

Toujours est-il que suite à ces récits enchantés, nous étions littéralement captivés par tout de qui vole. Notre chat s’appelait Spoutnik., sur notre petite télévision noir et blanc nous avons tous suivi passionnément les premiers pas d’un homme sur la lune.

Nous construisîmes nos premiers avions, avions qui marchaient avec un peu d’essence… Enfin quand je dis nous, c’était surtout mon frère et puis ce n’était que des maquettes. Je suivais passionnément l’aventure. Le week-end, on se rendait près de Reims (ou peut être Mourmelon…). La piste désaffectée était notre terrain d’essai, nous trouvions cela fun et très chic d’utiliser une telle piste pour nos petits coucous…. l’avion décollait bien, avait un doux ronronnement, crachait un peu de fumée. La magie était vite interrompu : invariablement l’engin piquait du nez et s’écrasait au sol. Les dégâts ne nous permettaient pas de multiples essais…

Bien des années plus tard, lors d’un voyage en Mauritanie sur la piste déserte d’Atar ou  un seul avion se posait pendant la semaine,  avec notre voiture en accélérant à fond, nous nous essayâmes à faire décoller notre voiture…. Un échec bien sur mais un rare petit moment de bonheur.


Dans la région, l’histoire de l’aviation n’avait pas marqué que mon père. A 2 km, de là, chose étonnante, un avion trônait au milieu d’une des pièces du vieux château, ce même château ou ma tante travaillait quelques années plus tôt comme cuisinière,  et mon oncle comme jardinier et ou le photographe avait pris une jolie photo de mon frère. Je n’ai jamais su pourquoi cette objet insolite était là ni comment on avait fait pour l’y mettre. J’en entends quelques uns : un avion, mais c’est pas possible, elle raconte vraiment n’importe quoi Églantine  !!! mais si, mais si… bien sur il n’avait pas ses ailes, mais je vous jure que je l’ai vu de mes propres yeux. J’affirme aussi qu’il ne s’agissait pas d’une maquette…. A quelques mètres de ce lieu, C., l’étrange propriétaire du château s’activait mystérieusement des heures entières dans son garage. En Argonne, dans les garages, parfois, on construit des avions, on a le temps, les journées sont si tranquilles….   A côte de C., animé de la même passion, certains jours, mon père…

On m’a rapporté que l’avion fut bien fini mais qu’il ne vola pas… non pas qu’il en fut incapable… ce fut simplement une banale histoire d’argent…. trop coûteux et trop compliqué d’homologuer un tel appareil… c’est bête hein, quand les rêves se terminent ainsi !

Toutefois, mon frère a apporté cette précision importante : lui il a vu volé un engin, un genre d’hélicoptère individuel (autogire ???) et épisodiquement, on voyait cette machine dans les champs du voisinage. Etait-ce le fameux avion stocké dans le chateau ? Un jour, sr la route de La Harazée, il a vu une corde attaché à un piquet de parc qui retenait l’étrange chose. En levant la tète, dans cette étrange machine, il y avait assis sur le siège notre Monsieur C. Cette machine a donc bien volé mais en vol captif.

C. n’en resta pas là, il passa son diplôme de pilote. Un jour il vint chercher mon père et mon frère. Mais mon père, celui la même qui toute sa vie nous parla d’avion, qui nous emmena sur les pistes pour essayer de faire décoller nos maquettes, qui nous emmena même à Orly uniquement rien que pour voir décoller les avions, celui dont je vous parle, n’était jamais monté dans un avion et avait même une appréhension énorme rien qu’à cette idée. C. su être convaincant. Ils partirent donc tous trois vers l’aérodrome puis revinrent quelques temps plus tard au dessus du village faisant ainsi de mon père le plus heureux des hommes en réalisant un de ses rêves les plus vieux et le plus fou  : voler…..  Mon frère fit de jolies photos du village et de la ferme.


Mon histoire pourrait s’arrêter là mais ce n’est pas le cas. Le destin a parfois d’étranges rebondissements. Quelques années plus tard, mes enfants alors très jeunes,  firent une ballade dans les champs accompagnés de leur père et de leur grand-père. Quand certains ramassent des fruits ou des cailloux, eux savez vous ce qu’ils ramassèrent : un pilote. Il arrive que les pilotes tombent avec leur « planeur » au milieu des champs, c’est rare, je vous le concède, mais ça arrive ! L’histoire ne prête pas à sourire direz vous ! Si, car figurez vous que le pilote avait réussi à se poser proprement et c’est les yeux ébahis et émerveillés de 3 générations de ma famille qui furent témoins de ce spectacle insolite : un avion trônant au milieu d’un champ de betteraves. L’aviateur fût heureux de trouver dans ce coin perdu un peu de civilisation mais surtout de pouvoir alerter son aéro-club. Mes enfants rayonnaient de bonheur, le pilote attendri leur permit de monter dans son coucou et de faire une photo… Elle est pas belle la vie….

 

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